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Christian Bank Pedersen

Université Lyon 2

La vérité nue, une littérature froide. Sur Brandes et Flaubert

Je propose une intervention sur la lecture de Gustave Flaubert par Georg Brandes. Il s'agirait d'une considération comparative de l'essai « Om læsning », « Sur la lecture », de 1899, et du grand texte rétrospectif « Gustave Flaubert », publié en 1881, peu de temps après la mort de l'auteur français.

Au cours de cette intervention, j'étudierai les réflexions implicites à trouver dans « Om læsning » sur les liens importants entre la « cura », le soin, et la « curiositas », la curiosité. Ces liens se manifestent dans toute lecture littéraire : il faut prendre soin des livres qui prennent soin de nous, de notre curiosité et de notre expérience. Mais, selon Brandes, plus personne ne se soucie vraiment des livres et de la lecture : « À partir du moment où tout le monde sait le faire, lire devient une capacité à peu près moribonde », note-t-il au début de « Sur la lecture ». Visiblement, la démocratisation de l'accès aux lettres qui se manifeste d'une manière de plus en plus évidente tout au long de la seconde moitié du 19 e siècle, entraîne pour Brandes une perte fondamentale pour la lecture comme activité intellectuelle et, surtout, littéraire. Tout ce que désire le lecteur moderne est, avec l'expression de Mallarmé — auquel Brandes ne se réfère pas —, « l'universel reportage » des journaux.

Dans l'essai « Gustave Flaubert » une autre « démocratisation » des lettres est mise en jeu, à savoir celle du contenu des œuvres littéraires : pour un auteur comme Flaubert aucun sujet n'est indigne d'une exploration artistique. L'écrivain français est, comme le dit Brandes dans « Gustave Flaubert », le créateur et le maître incontesté de l'« imbécillisme » en littérature. Chez Flaubert, tout se trouve sur « un seul et même niveau », l'insignifiant main dans la main avec l'important. Effectivement, sa littérature s'achemine vers « rien ». Et Flaubert se rapproche en principe du même « rien » que les reportages anecdotiques des quotidiens. Mais, contrairement à ces derniers, il le fait avec style. Seulement, ce style est parfaitement froid : « Un livre curieux, rédigé sans une quelconque tendresse pour son sujet » déclare Brandes par rapport à Emma Bovary , livre duquel émane selon lui « une froideur glaçante ».

D'un côté, Flaubert écrit à même la vie. De l'autre, il abandonne la vérité de celle-ci dans une position de fragilité presque totale : « nue », et en proie à tous les vents d'un monde qui n'est ni accueillant ni hostile, mais simplement . Dans l'œuvre du romancier Flaubert, Brandes semble rencontrer une manière de faire littéraire qui dépasse une limite éthique : aucune littérature, aucune lecture, ne se fait sans une confiance en la valeur de l'extension du savoir humain. Mais chez Flaubert cette confiance ne vaut rien. Et, pourtant, cet écrivain signifie un véritable « pas en avant » dans l'histoire du roman.

Aussi mon intervention poserait-elle les questions suivantes : la « vérité nue » a-t-elle froid ? Faudrait-il la vêtir d'un « textus », un « tissu » littéraire, qui la réchauffe ? Ce « textus », prendra-t-il soin d'elle ? De quelle nature est la curiosité qui nous entraîne vers la « vérité nue » ?

 

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Dernière modification : 03/09/2008

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