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Aurélie Barjonet

Université de Versailles Saint-Quentin-en Yvelines

Georg Brandes, lecteur de Zola, découvreur de ses mythes

« Wir sind hier weit von der directen Wiedergabe der Wirklichkeit entfernt ;
wir haben das Gebiet der Mythenbildung betreten. »
Georg Brandes, 1887

En 1887, le critique danois rédige un article en faveur de Zola. Il y fait une lecture libre de toute polémique et approfondie sur le plan littéraire, ce qui est rare au sein des réceptions contemporaines du chef naturaliste. Il est bien connu que Georg Brandes fut un grand médiateur de littérature étrangère et un des premiers partisans du réalisme et du naturalisme. En revanche, la modernité de son propos sur Zola n'a pas suffisamment été étudiée et Friedrich Wolfzettel a raison de faire remarquer en 1995 que cette lecture de Zola fut peu reprise par la recherche zolienne2. Pourtant, dans son article, Georg Brandes est le premier à mettre au jour les mythes de Zola. Il ne se contente pas, comme d'autres à la même époque, de déceler sa tendance romantique à créer des symboles, ce qui contredit la théorie naturaliste, mais repère que dès son premier Rougon-Macquart, Zola transforme la réalité en légende et en mythe, à la manière d'Homère. C'est une intuition particulièrement précoce. En effet, il faut attendre la seconde moitié du XXe siècle pour que la recherche découvre un Zola des profondeurs et entre autres un Zola créateur de mythes modernes.

Dans un premier temps, nous présenterons l'article de Brandes et dans un second temps, nous nous intéresserons à la postérité de ses intuitions. Sans effet sur Nietzsche, qui ne prend pas Zola au sérieux3, la lecture de Brandes pourrait avoir influencé le Thomas Mann des années 1930, plus favorable à Zola qu'à l'époque de sa brouille avec son frère Heinrich. Car c'est par les mythes que Thomas Mann redécouvre Zola. Enfin, nous rapprocherons la lecture de Brandes de celle de Georg

Lukács. Dans un article de 1936, Lukács s'arrête sur deux aspects relevés bien plus tôt par Brandes (la création de types et le recours au symbole) pour livrer une évaluation de Zola en tout point opposée à celle de Brandes qu'il ne mentionne pas.

En réalité, ici, ce sont les enjeux de la réception qui diffèrent comme le montrera notre intervention.

 

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Dernière modification : 03/09/2008

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