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Cecilia Carlander

Université Paris IV

Georg Brandes et la décadence en France

Si Georg Brandes était, comme l'écrit l'Américain Robert Herndon Fife, “the only [Scandinavian] critic who has ever completely identified himself with the whole of Europe's culture and the entire spirit of the age”, la question de son rapport avec la décadence en France est particulièrement intéressante et pertinente [1].

La décadence, mouvement littéraire de la fin du XIXe siècle, surtout important et indispensable pour celui qui s'intéresse à la littérature en France à cette époque, est contemporaine du critique Georg Brandes. Toujours très intéressé par la littérature française qu'il place en premier lieu et qui forme également l'arrière-plan de toute sa formation littéraire, Brandes aurait donc dû avoir de nombreuses réflexions sur la littérature de ce mouvement [2]. Pourtant, dans ses textes critiques de l'époque, on a l'impression que la décadence est quasiment évitée par Brandes. Quelques-uns des écrivains décadents sont traités et discutés, mais les textes à ce propos sont rares et n'occupent pas une place majeure.

Comme il évitait ce genre de littérature, on peut donc se demander si Brandes ne s'y intéressait pas, ce qui me paraît invraisemblable. Cependant, les analyses et textes critiques de Brandes portant sur les mouvements littéraires datant d'avant ou d'après celui de la décadence contribuent à donner une idée de ce qu'a pu penser le critique danois. D'abord, le naturalisme, avec Hippolyte Taine comme un maître prédominant dans la carrière de Brandes, [3] exerça une influence essentielle sur ce qui allait devenir la devise de Brandes : Le but de l'oeuvre est de relever un problème, pour que l'on puisse en débattre.

Le naturalisme et la décadence littéraires ne sont pas complètement opposés – ils ont de points à la fois dissemblables et semblables – chose qui complique évidemment les rapports entre le critique et l'œuvre de l'époque, surtout pour un critique comme Brandes, qui cherchait souvent à montrer une opinion bien élaborée et tranchée. Malgré cela, Brandes est tout de même capable de changer d'avis ; en ce qui concerne la décadence en France, ses avis ne sont donc pas toujours les mêmes, ce que l'on arrive à constater en étudiant les textes qui portent sur des écrivains ou des œuvres souvent jugées comme décadentes.

Afin de montrer la relation entre Georg Brandes et la littérature décadente en France, ma contribution abordera les points suivants :

  •   Explication de la notion de décadence et exemples de l'opinion de Brandes sur cette époque littéraire.
  •   Présentation commentée de ce que Brandes écrit sur les écrivains que l'on place (parfois) parmi les décadents ainsi que sur les œuvres considérées comme décadentes (par exemple les écrivains Bourget, Zola, Huysmans, Barrès...).
  • Georg Brandes comme contemporain des décadents ; son approche de la littérature est-elle imprégnée par la décadence ? Dans ses textes sur ce qu'il faut lire, ce qu'il faut faire avec la littérature, on trouve plusieurs points communs avec les décadents. C'est pourquoi on peut se demander : Si l'on compare les opinions des décadents avec celles de Brandes, que trouve-t-on?

[1] Herndon, R, in Moritzen, J, 1922, Georg Brandes in Life and Letters , Newark , NJ : D S Coyler , p. x (introduction).

[2] Un exemple assez pertinent est la place qu'il donne à la littérature française dans le monde entier ; il parle entre autres des écrivains français comme ceux qui sont les plus lus en langue originale, les plus répandus et renommés dans le monde entier; voir son texte intitulé “Verdensliteratur” de 1899 ( Samlede Skrifter, tome 12, p. 25).

[3] Brandes consacre sa thèse de doctorat à Taine et après la mort de celui-ci, Brandes déclare, en 1893, que le plus grand historien et critique de l'époque est décédé ( Samlede skrifter , tome 7, p. 53).

 

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Dernière modification : 03/09/2008

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