Université de Copenhague
Ma contribution examine la première réception de l'oeuvre de Friedrich Nietzsche par les intellectuels danois. Prenant comme point de départ l'introduction de Nietzsche au Danemark par Georg Brandes en 1888, elle retrace un parcours qui, dans les décennies suivantes, va de la réaction de Harald Høffding face aux vues de Brandes à la réception de Nietzsche chez Johannes Jørgensen et Vilhelm Andersen. Un changement apparaît nettement dans la réception danoise de Nietzsche: si l'on compare les réflexions sur Nietzsche que l'on trouve chez Georg Brandes et Harald Høffding en 1888-90 avec l'image de Nietzsche qui apparaît dans Bacchustoget i Norden [Le cortège de Bacchus dans le Nord] de Vilhelm Andersen, la présentation de Nietzsche faite par Høffding dans Moderne Filosofer [Philosophes modernes] et l'essai de Johannes Jørgensen “Romantikken i moderne dansk Litteratur” [“Le romantisme dans la littérature danoise moderne”] – textes qui paraissent tous en 1904 – on voit que dans un premier temps c'est d'abord le Nietzsche penseur de la société et philosophe du pouvoir, tel qu'il avait été représenté par Brandes, qui est au centre des réflexions. En outre, le jeune Johannes Jørgensen avait une conception tout à fait subjective de Nietzsche, qu'il comprenait comme un poète métaphysique et dualiste qui, en opposition au radicalisme et au naturalisme, voyait, à la manière des symbolistes, la profondeur du monde, et qui provoquait chez Jørgensen des “réminiscences de son enfance”, comme il est dit dans Mit Livs Legende [La légende de ma vie]. Ce n'est qu'autour de 1900 que la dimension dionysiaque et vitaliste de Nietzsche commence sérieusement à venir s'ajouter aux autres images du philosophe, chez Andersen, Høffding et le Jørgensen de la maturité.
Dernière modification : 03/09/2008
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