Université Lumière Lyon 2
La livraison du 15 septembre 1893 de la Revue des Deux Mondes contient une virulente critique de Georg Brandes et des six volumes de son ouvrage Die Litteratur des neunzehnten Jahrhunderts in ihren Hauptströmungen dargestellt .
Ce texte de vingt pages, signé Jean Thorel, est peut-être à concevoir comme une réplique à la remarque conclusive de Brandes dans son Étude sur le radicalisme aristocratique où il associait la « moyenne intellectuelle » et la « médiocrité » à la prestigieuse revue française. Nous examinerons cependant si la campagne, menée en Allemagne par le Suédois Ola Hansson, contre les idées et la personne de Georg Brandes n'a pas aussi servi à alimenter les arguments de Thorel, auteur d'un article sur « Les Pères de l'anarchisme » paru dans le numéro du 15 avril 1893 de la Revue Bleue .
Le texte de Thorel suscita d'abord une réponse de Brandes à la une (!) du Figaro en date du 9 octobre 1893. Le lendemain, la revue L 'idée libre publiait un bref résumé analytique d'une étude de Brandes intitulée « Rapports entre le Nouveau et l'Ancien Testament », résumé dû à Jean de Néthy. Or, Jean de Néthy, nom de plume de la comtesse austro-hongroise Emmy de Némethy, venait de terminer la plupart de ses traductions de nouvelles scandinaves disséminées dans de nombreuses revues d'avant-garde et souvent d'obédience symboliste, comme la Revue Blanche (certaines de ces traductions seront réunies en 1894 dans l'anthologie intitulée Nouvelles Scandinaves publiée chez Albert Langen). Un examen minutieux de ces textes révèle que de Néthy œuvrait depuis 1892 pour la promotion d'une littérature « antinaturaliste » telle que la concevait Ola Hansson. Nous essayerons ainsi de comprendre les raisons du revirement de Jean de Néthy, revirement qui n'a pas été sans influencer l'engagement du nietzschéen Henri Albert dans la défense de Brandes. Nous chercherons également à savoir si les traductions, souvent anonymes, de textes scandinaves publiées dans la Revue Bleue , parallèlement à celle de De Néthy dans la Revue Blanche , devaient leur existence à des défenseurs d'une littérature de la percée moderne au sens brandèsien du terme.
Enfin, dernier volet de mon intervention, le rappel des griefs de Léon Bloy à l'égard de Brandes dans son article « Johannes Jørgensen et le mouvement catholique en Danemark » (Mercure de France, 1901) permettra de saisir la position idéologique d'une certaine intelligentsia parisienne dans ces années 1890.
Dernière modification : 03/09/2008
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