Les connaissances
sont des produits sociaux. Elles s'ancrent donc dans une culture et une
nature elles-mêmes forgées par des humains inscrits dans une
histoire. Les processus de production dont elles résultent sont eux-mêmes,
dans une mesure qu'il convient de déterminer, soumis aux déterminations
socio-culturelles et historiques. C'est donc à partir des sciences
sociales que ces objets et ces processus doivent être considérés
et peuvent être compris.
Certes, les processus s'articulent sur les
fonctionnements neurophysiologiques des agents qui les accomplissent. Et
l'étude de ces articulations constitue un champ de recherches tout
à fait nécessaire, en coopération avec les sciences
biologiques qui l'ont déjà investi. Toutefois, l'intelligence
des faits de connaissance ne procède pas directement de la compréhension
des conditions neurophysiologiques des activités cognitives et de
leurs résultats. Au contraire, c'est à partir des analyses
des déterminations sociales des productions de connaissances que l'on
peut comprendre les processus cognitifs et leurs résultats dans leurs
singularités historiques. Il appartient donc aux sciences sociales
de poursuivre le développement de ce qu'il convient d'appeler une
Anthropologie des Connaissances.
Les fondations en sont déjà
anciennes et notoires : la psychologie historique d'Ignace Meyerson,
la psychologie sociologique de Maurice Halbwachs, l'approche socio-culturaliste
de Lev Vygotsky, le pragmatisme social de George H. Mead, l'histoire de
l'outillage mental de Lucien Febvre, la notion d'objet intellectuel de Pierre
Janet, les travaux de Frederic Bartlett, etc. Les courants contemporains,
tels que celui dit de "la cognition située et distribuée" pour
n'en citer qu'un, ne manquent ni de vigueur, ni de fécondité
pour prolonger ces réflexions .
De nombreuses disciplines des sciences sociales
s'attachent à l'étude des connaissances réalisées
comme discours, comme pratiques, ou comme dispositifs techniques. Elles
analysent les conditions de leur production, de leur utilisation, de leur
transmission et, plus largement, de leur mobilisation par les collectifs
d'humains. A titre indicatif — car la liste ici n'en est pas exhaustive —
on peut mentionner les sciences de l'éducation, la sociologie des
sciences, les sciences juridiques, l'ethnographie des techniques, la sociologie
de l'innovation, l'histoire de l'art, la sociologie du développement,
l'économie et la gestion des connaissances, la psychologie socio-culturalo-historique,
l'ingénierie des connaissances. Ces disciplines, tout en restant chacune
bien ancrées dans son tissu de relations et d'échanges scientifiques
propres, œuvrent dans ce champ que nous venons de désigner comme une
Anthropologie des Connaissances.
Le terme 'anthropologie' est pris ici
non pas dans son sens particulier, mais au sens général d'enquête
multidisciplinaire sur les pratiques et les conduites, sur les représentations
et les idéologies, sur les professions, les organisations et les
institutions, sur les techniques et les productions dans leurs singularités
historiques. En d'autres termes, l'usage du terme 'anthropologie'
renvoie ici au concours de diverses sciences sociales contribuant à
l'étude des connaissances, saisies dans leurs conditions de mobilisation,
et non de façon abstraite et a priori. C'est pourquoi on ne parle pas ici d'anthropologie
de la cognition ou d'anthropologie cognitive, qui attestent d'une subordination
excessive aux sciences cognitives. Nombre de chercheurs travaillant dans
ces diverses disciplines, en sont venus à s'identifier mutuellement
dans leurs préoccupations communes, à se reconnaître les uns
les autres, à percevoir leurs complémentarités, et à
envisager d'utiles coopérations. D'où le projet de mieux faire
apparaître la convergence de leurs orientations, de favoriser le développement
de recherches interdisciplinaires et de concevoir un lieu de d'échanges
scientifiques.
À ces fins, nous proposons de
fonder une Société d'Anthropologie des Connaissances et de créer, sous la responsabilité
de cette association, une Revue d'Anthropologie des Connaissances. Afin de concrétiser ce projet, nous
vous invitons à participer à une assemblée constituante
au cours de laquelle seront discutés les statuts de cette Société
et les caractéristiques de la Revue associée.
Cette assemblée aura lieu le
8 septembre 2005 à Paris.
10h – 17h — Salle RH1
Institut de la Recherche pour le Développement
(IRD)
213, rue La Fayette (M¡ Louis
Blanc)
75010 Paris
Christian Brassac
Michel Grossetti
Rigas Arvanitis
Jean-Pierre Poitou
Dominique Vinck