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<title>H. Poincar&eacute; Correspondence</title>
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<meta name="keywords" content="poincar&eacute;, letters, henri, correspondence, scientifique"></meta>
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<div class="p"><!----></div>


<div class="p"><!----></div>







 
<div class="p"><!----></div>
 




 


<div class="p"><!----></div>















    
  
  
   
<h2>Calinon à Poincaré</h2><a name="calinon2">
</a>
<div class="p"><!----></div>

<div align="right">Pompey 15 août 1886
</div>

<div class="p"><!----></div>
Mon cher Camarade,

<div class="p"><!----></div>
J'ai bien reçu votre lettre dont le contenu m'a beaucoup intéressé.

<div class="p"><!----></div>
Les objections que vous me faites ne portent que sur des points qui me
paraissent secondaires ; je vais cependant y répondre pour bien
préciser ces points qui ne sont peut-être pas assez développés dans
ma brochure.

<div class="p"><!----></div>
1° Sur la notion de "à la fois" j'accepte votre restriction qui
était bien dans ma pensée : comme je le dis (N°&nbsp;5), ce sont nos
sensations seulement que nous jugeons simultanées ou successives ;
mais entre le phénomène extérieur et la sensation par laquelle il
arrive à notre conscience, il y a presque toujours un
délai.<a href="#tthFtNtAAB" name="tthFrefAAB">
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow>
<msup><mrow></mrow><mrow><mn>1</mn></mrow>
</msup>
</mrow></math></a>

<div class="p"><!----></div>
2° Je ne saisis pas bien votre objection sur ma manière de
définir la position d'un point ; vous me dites que je définis un point
par ses distances à d'autres points <em>supposés fixes</em> ; mais non,
je ne suppose pas de points fixes, je suppose seulement (N°&nbsp;2) des
points constituant une figure de forme invariable et c'est à cette
figure que je rapporte mon point
mobile.<a href="#tthFtNtAAC" name="tthFrefAAC">
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow>
<msup><mrow></mrow><mrow><mn>2</mn></mrow>
</msup>
</mrow></math></a>  La notion des figures
égales est antérieure à toute mesure des grandeurs qui entrent dans
ces figures : or à quoi revient cette notion&nbsp;? à dire que nous
concevons qu'une figure peut changer de place sans changer de forme ;
sans ce principe il nous est impossible de faire de la géométrie 
et de démontrer, par exemple, les cas d'égalité des triangles.
Maintenant je ne nie pas que ce principe n'intéresse, dans une
certaine mesure, la Mécanique.

<div class="p"><!----></div>
3° Pour l'angle de la rotation de la Terre, je suis bien de votre
avis; il faut tenir compte de certaines corrections infinitésimales
connues actuellement ou que nous connaîtrons plus tard.

<div class="p"><!----></div>
4° J'ai admis en effet comme exact le principe des actions mutuelles
dirigées suivant la droite qui joint les points en présence, parce
que, quand j'ai écrit ma brochure, je croyais réellement ce principe
vérifié ; depuis, j'ai su qu'il y avait des exceptions, celle que vous
m'indiquez d'abord, d'autres ensuite, comme dans le cas des actions
exercées dans les courants électriques ou magnétiques ; il y a là des
petits termes de correction à ajouter aux formules. Mais je vous ferai
remarquer que, sans connaître ces corrections, je les avais prévues
lorsque je disais (N°&nbsp;138) : "Cette loi générale (la loi 
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow><mi>mj</mi><mo>=</mo>
<msub><mrow><mi>m</mi></mrow><mrow><mn>1</mn></mrow>
</msub>

<msub><mrow><mi>j</mi></mrow><mrow><mn>1</mn></mrow>
</msub>
</mrow></math>) peut toujours être considérée comme une série à termes
indéfiniment décroissants ; nous connaissons aujourd'hui le premier
terme de la série ...."<a href="#tthFtNtAAD" name="tthFrefAAD">
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow>
<msup><mrow></mrow><mrow><mn>3</mn></mrow>
</msup>
</mrow></math></a>  Voilà qui va même bien au delà de la réserve que
vous formulez. Tout ce passage (N°&nbsp;138) répond également à ce que vous
me dites de la masse : j'ajouterai que la masse n'est nullement liée
d'une façon indissoluble à la loi 
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow><mi>mj</mi><mo>=</mo>
<msub><mrow><mi>m</mi></mrow><mrow><mn>1</mn></mrow>
</msub>

<msub><mrow><mi>j</mi></mrow><mrow><mn>1</mn></mrow>
</msub>
</mrow></math>. Cette loi peut n'être
pas vérifiée et cependant la masse garder encore la définition
générale que je lui ai donnée (N°&nbsp;83) : "Les masses sont des
coefficients numériques fixes attachés aux points et dont dépend le
mouvement de ces points, pour des repères et une variable principale
quelconques."<a href="#tthFtNtAAE" name="tthFrefAAE">
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow>
<msup><mrow></mrow><mrow><mn>4</mn></mrow>
</msup>
</mrow></math></a> Au fond, cette
constance d'un nombre pour chaque point matériel n'est pas autre chose
que
le principe de la conservation de la matière : ce principe
comporte d'ailleurs les mêmes réserves philosophiques que tous les
principes <em>observés</em> lesquels ne sont vrais que dans la mesure de
précision de nos méthodes et de nos instruments.  

<div class="p"><!----></div>
Mais, comme j'ai commencé par vous le dire, ces points sont un peu
secondaires pour moi : en somme les deux idées fondamentales de mon
travail sont les suivantes :

<div class="p"><!----></div>
1° la transposition en Géométrie pure de toutes les notions
premières de la Mécanique (mesure du temps, vitesse, accélération,
force, masse), notions qu'on avait crues jusqu'ici inséparables de la
matière, (la force notamment).

<div class="p"><!----></div>
2° le choix raisonné de la variable 
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow><mi>t</mi></mrow></math> qui sert à mesurer le
temps et la distinction des théories où le choix est arbitraire de
celles où il s'impose pour la simplification des formules.

<div class="p"><!----></div>
Je vois que, sur ces deux idées fondamentales, vous acceptez ma
manière de voir et j'en suis très heureux. J'ignore si les idées de
Duhamel sont plus ou moins adoptées en France, mais, ce que je sais,
c'est que, à côté des adhésions que je reçois relativement à mes idées
sur le Temps et la Force, je rencontre de la part de quelques
professeurs, mêmes distingués, des résistances obstinées ; il y a là
quelques esprits qui refusent absolument de réviser les idées acquises
et qui répugnent à soumettre à un examen philosophique des notions
qu'ils ont toujours considérées comme
évidentes.<a href="#tthFtNtAAF" name="tthFrefAAF">
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow>
<msup><mrow></mrow><mrow><mn>5</mn></mrow>
</msup>
</mrow></math></a>

<div class="p"><!----></div>
J'espère donc que vous voudrez bien m'aider, dans la mesure où cela
dépend de vous, à 
propager des idées que vous trouvez justes.

<div class="p"><!----></div>
Votre dévoué Camarade, 

<div class="p"><!----></div>
A. Calinon

<div class="p"><!----></div>
<br /><br /><font size="-1"><b>ALS 4p. Collection particulière, Paris 75017.</b><font size="+0">

<div class="p"><!----></div>

<h2>R&#233;f&#233;rences</h2>

<dl compact="compact">
                                                                                                                                                                                                                                                                                          
<div class="p"><!----></div>

 <dt><a href="#CITECalA1885" name="CalA1885">[Calinon 1885]</a></dt><dd>
Calinon, A.
 &#201;tude critique sur la m&#233;canique.
 <em>Bulletin de la soci&#233;t&#233; des sciences de Nancy</em> 7 (1885):
  87-180.</dd>
</dl>

Time-stamp: &lt;30.12.2011 00:09&#62;
</font></font><hr /><h3>Notes:</h3>

<div class="p"><!----></div>
<a name="tthFtNtAAB"></a><a href="#tthFrefAAB">
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow>
<msup><mrow></mrow><mrow><mn>1</mn></mrow>
</msup>
</mrow></math></a>
  
  <a href="#CalA1885" name="CITECalA1885">Calinon [1885</a>,88-89]
 .
<div class="p"><!----></div>
<a name="tthFtNtAAC"></a><a href="#tthFrefAAC">
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow>
<msup><mrow></mrow><mrow><mn>2</mn></mrow>
</msup>
</mrow></math></a>
  
  <a href="#CalA1885" name="CITECalA1885">Calinon [1885</a>,87-88]
 .
<div class="p"><!----></div>
<a name="tthFtNtAAD"></a><a href="#tthFrefAAD">
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow>
<msup><mrow></mrow><mrow><mn>3</mn></mrow>
</msup>
</mrow></math></a>
  
  <a href="#CalA1885" name="CITECalA1885">Calinon [1885</a>,178-179]
 . Il
  s'agit pour Calinon du principe de réaction
  (p.&nbsp;140); 
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow><mi>j</mi></mrow></math> et 
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow>
<msub><mrow><mi>j</mi></mrow><mrow><mn>1</mn></mrow>
</msub>
</mrow></math> représentent l'accélération des masses 
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow><mi>m</mi></mrow></math> et
  
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow>
<msub><mrow><mi>m</mi></mrow><mrow><mn>1</mn></mrow>
</msub>
</mrow></math>, respectivement. Calinon admet que la position des étoiles
  fixes définit le repère de validité de sa formule.
<div class="p"><!----></div>
<a name="tthFtNtAAE"></a><a href="#tthFrefAAE">
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow>
<msup><mrow></mrow><mrow><mn>4</mn></mrow>
</msup>
</mrow></math></a>
  
  <a href="#CalA1885" name="CITECalA1885">Calinon [1885</a>,140]
 .
<div class="p"><!----></div>
<a name="tthFtNtAAF"></a><a href="#tthFrefAAF">
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow>
<msup><mrow></mrow><mrow><mn>5</mn></mrow>
</msup>
</mrow></math></a>Jean-Marie-Constant Duhamel (1797-1872) entre à
  l'École Polytechnique en 1814, et enseigne les mathématiques et la
  physique à l'institut Massin ainsi qu'au collège Louis-le-Grand. De
  1830 à 1869 il enseigne diverses disciplines à l'École
  polytechnique (géodésie, analyse, mécanique), où il est nommé
  directeur des études en 1844. Il enseigne également à l'École
  normale supérieure et à la Sorbonne.
<br /><br /><hr />
<a href="../index.html"><img src="../icons/contents_motif.gif" alt="contents_motif.gif" /></a>
&#x00A0;&#x00A0;&#x00A0;&#x00A0;&#x00A0;&#x00A0;
<a href="/poincare/chp/">Archives Henri Poincar&eacute;</a> (CNRS, UMR 7117)
</body>
</html>

