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<title> Poincaré à E. Launois </title>
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<h2>Poincaré à E. Launois</h2><a name="launois005">
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<div align="right">[17.11.1873]
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Ma bonne maman,

<div class="p"><!----></div>
Il s'est passé de graves événements depuis hier. La guerre civile a
éclaté parmi nous. Je t'ai raconté la conversation que j'ai eue avec Ruaut.
Bien que je lui ai promis jusqu'à un certain point le secret, j'avais cru
devoir prévenir Badoureau pour qu'il prenne les mesures nécessaires pour
empêcher que, grâce à la surprise, les jésuites ne triomphent. Néanmoins
rien n'avait transpiré, et au moment où nous descendions pour les cotes,
Ruaut m'aborde et me dit : Je te remercie d'avoir gardé mon secret.
L'inspection n'a rien offert de particulier. On nous a présenté les
nouveaux capitaines et levé les consignes ; puis nous sommes descendus aux
cotes. D'abord brouhaha immense ; enfin on obtient le silence, on me met le
bonnet de coton sur la tête on l'enfonce jusqu'au cou on me fait faire la
pirouette et je me trouve sur les planches. On m'enlève le bonnet et
Badoureau commence son discours. Rappelle-toi, me dit-il
en résumé, que les galons ne te donnent aucun privilège sur tes
camarades ; mais qu'ils ne te font encourir en aucune façon la
responsabilité de leurs actes (Applaudissements). Devisse-toi le plus
souvent possible. Tu as été reçu bizut et point carré ; soit néanmoins
carré avec l'adminis. Puis je descend. Vient ensuite le major de queue
auquel on débite un assez joli laïus en vers où on lui dit qu'être ici
le dernier est encore un honneur et qu'il doit se conduire de telle
façon qu'on dise en le voyant : qu'est-ce donc que le premier. Enfin
après quelques cotes sans importance, on appelle le conscrit Ruaut. Le
conscrit Ruaut n'apparaît pas ; il reste dans un coin ; tout près de
moi ; tout près des planches ; mais entouré de solides gardes du
corps. À ce moment une dizaine de jésuites cherchent à escalader la
tribune. La commission des cotes les repousse et les rejette, un ou
deux sur moi, le reste sur Briot qui est presque écrasé. Nous refusons
la cote, s'écrie l'un deux ; nous demandons la parole : personne n'a
la parole ici que la commission des cotes. Liberté pour tous. La
promotion a voté, vous devez vous soumettre, etc etc. Enfin Badoureau
s'avance et veut commencer la lecture de la cote. Il est applaudi d'un
côté, sifflé de l'autre. Mais le
chambard des jésuites l'empêche de se faire entendre. Alors il descend
le tableau. Des applaudissements se font entendre. On voit alors pour
la première fois comment les jésuites se sont massés. Sur un secteur
de 20° environ à droite de l'amphithéâtre, il n'y a que moi qui
applaudis.  Badoureau commence à écrire. La Compagnie de Jésus, par
l'éducation qu'elle donne à la jeunesse, poursuit un but que nous
connaissons tous. À ce moment toute l'extrême droite de l'Assemblée se
lève, et se précipite vers la porte. Elle sort et va raconter à la rue
des Portes ses exploits, non sans laisser derrière elle Erard qui
reste là on ne sait pourquoi et qui applaudit comme un enragé. Ils
étaient 35 conscrits et 20 anciens.  Alors Badoureau lit la cote qui
était d'une extrême modération. On poursuit sans encombres et les
cotes sont finies à 11 heures moins 10.  Je cours chercher mon claque
et mon épée. Je prends un sapin rue Soufflot et j'arrive pour le train
de 11h15. Je trouve Roger à la gare et nous partons pour Versailles.
Après dîner nous allons au Musée sans M. et Mme Berger ; nous y voyons
toutes les batailles de l'univers. Je vais faire une visite à M. Billy
que je ne trouve pas.  Puis nous retrouvons Jenny au parterre d'eau.
Nous nous promenons quelque temps dans
le parc. Puis nous allons au café avec M.&nbsp;Berger. Nous soupons et je
reviens à Paris sans incident. Je suis invité à aller aujourd'hui à 11
h 
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<mfrac><mrow><mn>1</mn></mrow>
<mrow><mn>2</mn></mrow>
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</mrow></math> à l'enterrement de l'amiral Créhonart,ainsi que Badoureau. Lecornu m'a prêté son habit qui
me va très bien. Rappelle- toi que les détails relatifs aux cotes ne
doivent pas être trop racontés.

<div class="p"><!----></div>
J'embrasse tout le monde.

<div class="p"><!----></div>
Henri

<div class="p"><!----></div>
<br /><br /><font size="-1"><b>ALS 4p. Collection particulière, 75017 Paris.</b><font size="+0">

<div class="p"><!----></div>
Time-stamp: &lt;28.10.2010 22:00&#62;
</font></font>





<div class="p"></div><br /><br /><hr /><a href="../index.html"><img src="../contents_motif.gif" alt="contents_motif.gif" /></a>&#x00A0;&#x00A0;&#x00A0;&#x00A0;&#x00A0;&#x00A0;<a href="/poincare/chp/">Archives Henri Poincar&eacute;</a> (CNRS, UMR 7117)<div class="p"></div></body></html>

