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<title> Mittag-Leffler à Poincaré </title>
</head>
<body>

<h3>Mittag-Leffler à Poincaré</h3><a name="mittag-leffler11">
</a>

<div class="p"><!----></div>

<div align="right">Små-Dalarö, Dalarö, Suède.<br />
2 Septembre 1881
</div>

<div class="p"><!----></div>
Mon cher ami,

<div class="p"><!----></div>
Votre dernière lettre m'est arrivée quand j'étais au point 
de partir de la Finlande et c'est maintenant le premier moment 
où il m'a été possible de vous répondre. En réalité 
j'ai fait depuis longtemps une généralisation de mon théorème 
qui embrasse toutes les fonctions / uniformes présentant une 
infinité quelconque de points singuliers essentiels. Ces fonctions 
doivent embrasser vos fonctions à espaces lacunaires mais n'embrassent 
pas autant que je sache pour le moment au moins les fonctions 
de Weierstrass qui paraissent d'une autre nature<a href="#tthFtNtAAB" name="tthFrefAAB">
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow>
<msup><mrow></mrow><mrow><mn>1</mn></mrow>
</msup>
</mrow></math></a>.

<div class="p"><!----></div>
/ Je me ferais un grand plaisir de vous développer mes théorèmes mais
malheureusement je ne m'en suis pas occupé depuis 3 ou 4 ans et mes
notes se trouvent emballées je ne sais pas où.  Je n'aurai pas mon
appartement à Stockholm avant la fin du mois d'Octobre et auparavant
il m'est impossible d'ouvrir les caisses avec mes livres.

<div class="p"><!----></div>
Pour le moment je suis même surchargé de travail et je n'ai pas
l'espoir de pouvoir vous rendre un compte exact de / mes recherches.
Si tôt qu'il me sera possible je m'en occuperai pourtant et j'ai
l'intention de publier un grand travail
là-dessus<a href="#tthFtNtAAC" name="tthFrefAAC">
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow>
<msup><mrow></mrow><mrow><mn>2</mn></mrow>
</msup>
</mrow></math></a>. Je vous communiquerai auparavant mes théorèmes 
si vous le désirez.

<div class="p"><!----></div>
Recevez mes félicitations sincères à la découverte étonnante 
dont vous avez publié l'annonce dans un des derniers numéros 
des <i>Comptes Rendus</i><a href="#tthFtNtAAD" name="tthFrefAAD">
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow>
<msup><mrow></mrow><mrow><mn>3</mn></mrow>
</msup>
</mrow></math></a>. Si la chose est exacte comme je 
le crois vous avez fait une des plus grandes découvertes mathématiques 
depuis les fonctions elliptiques<a href="#tthFtNtAAE" name="tthFrefAAE">
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow>
<msup><mrow></mrow><mrow><mn>4</mn></mrow>
</msup>
</mrow></math></a>.

<div class="p"><!----></div>
Mais publiez vos recherches en détail et dans un grand travail 
je vous en prie instantanément.

<div class="p"><!----></div>
Agréez, mon cher ami, l'expression de la haute considération 
et de l'admiration sincère pour votre talent avec laquelle 
je suis votre ami dévoué.

<div class="p"><!----></div>
Gösta Mittag-Leffler

<div class="p"><!----></div>
<br /><br /><font size="-1"><b>ALS 4p. Mittag-Leffler Archives, Djursholm.</b><font size="+0">

<div class="p"><!----></div>
</font></font><hr /><h3>Notes:</h3>

<div class="p"><!----></div>
<a name="tthFtNtAAB"></a><a href="#tthFrefAAB">
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow>
<msup><mrow></mrow><mrow><mn>1</mn></mrow>
</msup>
</mrow></math></a>Un des 
principaux résultats de l'article <i>Zur Functionenlehre</i> de 
Weierstrass est de faire ressortir «que le concept d'une fonction 
monogène d'un argument complexe et le concept d'une dépendance 
exprimable par une suite d'opérations arithmétiques ne se 
recouvrent pas entièrement». Mittag-Leffler exclut de son analyse 
les expressions analytiques qui représentent des fonctions 
différentes sur les différentes composantes connexes de leur 
domaine de convergence.

<div class="p"><!----></div>
On peut donner de la manière suivante un sens déterminé 
à ce que l'on entend en disant d'une expression pareille qu'elle 
se comporte d'une façon régulière au voisinage d'un point 
donné&#x00A0;: une expression analytique 
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow>
<msub><mrow><mi>F</mi></mrow><mrow><mi>x</mi></mrow>
</msub>
</mrow></math>  se comporte d'une façon régulière dans l'entourage d'un 
point (<i>x</i> = <i>x'</i>) s'il y a une série
<br />
<table width="100%"><tr><td align="center">
    <math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
    <mstyle displaystyle="true"><mrow>
<msub><mrow><mi>A</mi></mrow><mrow><mn>0</mn></mrow>
</msub>
<mo>+</mo>
<msub><mrow><mi>A</mi></mrow><mrow><mn>1</mn></mrow>
</msub>
<mrow><mo>(</mo><mi>x</mi><mo>-</mo><mi>x</mi><mo>'</mo><mo>)</mo></mrow><mo>+</mo>
<msub><mrow><mi>A</mi></mrow><mrow><mn>2</mn></mrow>
</msub>

<msup><mrow><mo>(</mo><mi>x</mi><mo>-</mo><mi>x</mi><mo>'</mo><mo>)</mo></mrow><mrow><mn>2</mn></mrow>
</msup>
<mo>+</mo><mi>&#x2002;&#x2002;</mi><mo>&#x2026;</mo></mrow>
    </mstyle></math>
</td></tr></table>
<br />

pour laquelle, en un certain voisinage du point (<i>x</i> = <i>x'</i>), 
a lieu l'égalité
<br />
<table width="100%"><tr><td align="center">
    <math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
    <mstyle displaystyle="true"><mrow>
<msub><mrow><mi>F</mi></mrow><mrow><mi>x</mi></mrow>
</msub>
<mo>=</mo>
<msub><mrow><mi>A</mi></mrow><mrow><mn>0</mn></mrow>
</msub>
<mo>+</mo>
<msub><mrow><mi>A</mi></mrow><mrow><mn>1</mn></mrow>
</msub>
<mrow><mo>(</mo><mi>x</mi><mo>-</mo><mi>x</mi><mo>'</mo><mo>)</mo></mrow><mo>+</mo>
<msub><mrow><mi>A</mi></mrow><mrow><mn>2</mn></mrow>
</msub>

<msup><mrow><mo>(</mo><mi>x</mi><mo>-</mo><mi>x</mi><mo>'</mo><mo>)</mo></mrow><mrow><mn>2</mn></mrow>
</msup>
<mo>+</mo><mi>&#x2002;&#x2002;</mi><mo>&#x2026;</mo></mrow>
    </mstyle></math>
</td></tr></table>
<br />


<div class="p"><!----></div>
Il n'est pas toutefois nécessaire que cette égalité se produise dans
tout le domaine de convergence de la série. Weierstrass a donné en
effet des exemples d'expressions analytiques où cette égalité ne
subsiste que dans un entourage du point (<i>x</i> = <i>x'</i>)
constituant une partie de ce domaine de convergence, et où
l'expression analytique ne représente par conséquent que des parties
de différentes fonctions monogènes. Les expressions analytiques qui
seront principalement étudiées dans le présent mémoire, ne se
comportent cependant pas de cette manière.  Ces expressions
représentent en général au moins une fonction
monogène tout entière. [Mittag-Leffler 1884a, p.&#x00A0;7]
<div class="p"><!----></div>
<a name="tthFtNtAAC"></a><a href="#tthFrefAAC">
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow>
<msup><mrow></mrow><mrow><mn>2</mn></mrow>
</msup>
</mrow></math></a>Mittag-Leffler publiera sur ce sujet une série de
    notes aux <i>Comptes Rendus</i> [1882a et 1882b] et un article
    de synthèse [1884a] dans les <i>Acta mathematica</i>.
Voir <a href="mittag-leffler13.xml">mittag-leffler13</a>.
<div class="p"><!----></div>
<a name="tthFtNtAAD"></a><a href="#tthFrefAAD">
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow>
<msup><mrow></mrow><mrow><mn>3</mn></mrow>
</msup>
</mrow></math></a>Il s'agit de la note aux <i>Comptes 
rendus</i> du 8 août 1881 [1881e, p.&#x00A0;29-31] dans laquelle Poincaré 
annonce les résultats&#x00A0;:

<div class="p"><!----></div>
Que toute équation différentielle linéaire à coefficients 
algébriques s'intègre par les fonctions zétafuchsiennes&#x00A0;;

<div class="p"><!----></div>
Que les coordonnées des points d'une courbe algébrique quelconque 
s'expriment par des fonctions fuchsiennes d'une variable auxiliaire. 
[1881e, p.&#x00A0;31]

<div class="p"><!----></div>
Avec ce résultat, Poincaré réalise un des objectifs 
qui avaient motivé ses recherches dans cette direction (voir 
<a href="mittag-leffler3.xml">mittag-leffler3</a>, note n°19)&#x00A0;:

<div class="p"><!----></div>
Désirant [... ] exprimer les intégrales des équations 
différentielles à l'aide de séries toujours convergentes, 
j'étais naturellement conduit à m'attaquer d'abord aux équations 
linéaires. [... ] J'étais donc conduit à examiner les équations 
linéaires à coefficients rationnels et algébriques. [1901a, 
p.&#x00A0;42]

<div class="p"><!----></div>
Le témoignage de Lecornu, qui avait été son condisciple 
à l'Ecole polytechnique et à l'Ecole des Mines confirme l'ambition 
de Poincaré de parvenir à intégrer toutes les équations 
différentielles&#x00A0;:

<div class="p"><!----></div>
Je me souviens qu'invité par moi à dîner chez mes parents 
le 31 décembre 1879, il passa la soirée à se promener de 
long en large, n'entendant pas ce qu'on lui disait ou répondant 
à peine par monosyllabes, et oubliant l'heure à tel point 
que passé minuit, je pris le parti de lui rappeler doucement 
que nous étions en 1880. Il parut, à ce moment, redescendre 
sur terre, et se décida à prendre congé de nous. Quelques 
jours après, m'ayant rencontré sur le quai du port de Caen, 
il me dit négligemment&#x00A0;: je sais intégrer toutes les équations 
différentielles. Les fonctions fuchsiennes venaient de naître, 
et je devinai alors à quoi il songeait en passant de 1879 à 
1880. [Appell 1925, p.&#x00A0;33]

<div class="p"><!----></div>
Mittag-Leffler avait déjà exprimé son admiration pour 
ces résultats à Hermite dans sa lettre du 20&#x00A0;août 1881 
et se souciait de voir Poincaré écrire des articles de fond 
sur les fonctions fuchsiennes et leur utilisation en théorie 
des équations différentielles&#x00A0;:

<div class="p"><!----></div>
J'ai vu maintenant aussi dans les <i>Comptes Rendus</i> l'annonce 
de la nouvelle découverte étonnante de M.&#x00A0;Poincaré. S'il 
est parvenu réellement à intégrer toutes les équations 
différentielles linéaires avec des coefficients algébriques 
alors il a fait, il me paraît, une des plus belles découvertes 
de notre siècle. Mais dites lui, cher Maître, qu'il faut 
absolument qu'il réunisse ses articles différents dans un 
grand travail où il développe en détail ses recherches.

<div class="p"><!----></div>
Sans cela, ses mérites extraordinaires ne seront jamais reconnus 
au moins en Allemagne. [AS]
<div class="p"><!----></div>
<a name="tthFtNtAAE"></a><a href="#tthFrefAAE">
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow>
<msup><mrow></mrow><mrow><mn>4</mn></mrow>
</msup>
</mrow></math></a>La comparaison que suggère 
Mittag-Leffler avec la théorie des fonctions elliptiques est 
motivée par les rôles analogues que jouent les fonctions 
elliptiques pour le problème de l'inversion des intégrales 
elliptiques et les fonctions fuchsiennes pour les équations 
linéaires à coefficients rationnels (voir <a href="mittag-leffler3.xml">mittag-leffler3</a>, note 
n°18). Dans l'analyse de ses travaux [1901a], Poincaré insiste 
sur les analogies étroites entre la théorie des fonctions 
elliptiques et sa théorie des fonctions fuchsiennes.

<div class="p"><!----></div>
Mais cette étude intime de la nature des fonctions intégrales 
ne peut se faire que par l'introduction de transcendantes nouvelles, 
dont je vais maintenant dire quelques mots. Ces transcendantes 
ont une grande analogie avec les fonctions elliptiques, et l'on 
ne doit pas s'en étonner, car si j'imaginais ces fonctions 
nouvelles, c'était afin de faire pour les équations différentielles 
linéaires ce qu'on avait à l'aide des séries 
<math xmlns="http://www.w3.org/1998/Math/MathML">
<mrow><mi>&Theta;</mi></mrow></math>  elliptiques et abéliennes, pour les intégrales des différentielles 
algébriques.

<div class="p"><!----></div>
C'est donc l'analogie avec les fonctions elliptiques qui m'a 
servi de guide dans toutes mes recherches. [1901a, p.&#x00A0;43]

<div class="p"><!----></div>
Les fonctions fuchsiennes n'intègrent que des cas particuliers 
d'équations différentielles du second ordre et «les résultats 
ainsi obtenus ne donnent encore qu'une solution bien incomplète 
du problème».

<div class="p"><!----></div>
Mais une fois trouvées ces équations linéaires particulières 
qui s'intègrent par des fonctions fuchsiennes [... ], celles-ci 
à leur tour, moyennant une nouvelle extension de la méthode, 
conduisent à l'intégration de toutes les équations différentielles 
linéaires à coefficient algébriques. Il suffit, pour cela, 
d'introduire un nouvel algorithme, généralisation du premier&#x00A0;: 
les fonctions zétafuchsiennes.

<div class="p"><!----></div>
Ainsi, ce que les fonctions elliptiques et abéliennes avaient 
donné pour le problème des quadratures, la théorie nouvelle 
le fournit pour le problème, beaucoup plus général et beaucoup 
plus difficile, de l'intégration des équations différentielles 
linéaires. [Hadamard 1921, p.&#x00A0;214]<div class="p"></div><br /><br /><hr /><a href="../index.html"><img src="../icons/contents_motif.gif" alt="contents_motif.gif" /></a>&#x00A0;&#x00A0;&#x00A0;&#x00A0;&#x00A0;&#x00A0;<a href="/poincare/chp/">Archives Henri Poincar&eacute;</a> (CNRS, UMR 7117)<div class="p"></div></body></html>

