Présentation
Certains aspects de
l’histoire de la géométrie au 19e et
au 20e siècles ont été maintes fois
étudiés. A l’occasion de ce colloque,
nous nous proposons à la fois de reprendre plusieurs de ces
thèmes «
classiques » en les interrogeant à partir de
problématiques nouvelles et
de dégager de nouvelles perspectives en historiographie de
la géométrie
moderne et contemporaine :
- Le 19e
siècle a vu l’émergence de plusieurs
nouvelles
géométries (la géométrie
différentielle, la géométrie
projective, les
géométries non-euclidiennes, les
géométries de Riemann, l’Analysis
Situs, …).
- L’apparition
d’une multiplicité de «
géométries » amène
naturellement à poser la question de ce qu’est une
géométrie? Ainsi fut
provoquée une réflexion sur la nature, le statut
et
l’ordre des géométries.
Cette réflexion eut des conséquences
énormes pour
les fondements des
mathématiques en général.
- En particulier, les
tentatives pour trouver un ordre dans le
chaos de ces géométries a amené la
découverte d’une systématique
fondée sur
l’idée de groupe des transformations
(Möbius,
programme dit d’Erlangen, travaux
de Lie, Killing, Poincaré, …).
- En même temps que
la géométrie se diversifie,
plusieurs
“styles” nationaux se développent. En
France, au
début du 19e
siècle se déroule un débat sur la
question de la méthode analytique versus la
méthode
synthétique ; en Allemagne
les discussions les plus vives concernent la question des
géométries
non-Euclidiennes (souvent dans un contexte
épistémologique) ce débat
est
repris seulement dans la seconde moitié du 19e
siècle en France ; par contre, en Italie, s’est
développé une tradition de
géométrie algébrique d’une
manière
très caractéristique.
- Durant le 19e
siècle, des applications nouvelles de la
géométrie
s’imposent : la géométrie
descriptive, les méthodes graphiques dans la statique, etc.,
et
occasionnent de
nombreux débats notamment dans le cadre scolaire et
universitaire.
- Vers la fin du 19e
siècle, on trouve une activité énorme
en Allemagne
et en Italie afin
d’améliorer l’axiomatique des
géométries. Après les travaux de Pasch
et de
plusieurs chercheurs italiens comme Pieri et Peano, David Hilbert
propose sa
fameuse solution dans ses “Fondements de la
géométrie” (1899) ; le point de vue
développé par Hilbert a suscité de
nombreuses
recherches sur l’axiomatique (en
particulier en Allemagne travaux de Dehn, Hessenberg,
Bachmann).
- Dans le deuxième
moitie du 19e
siècle, les
géomètres commencent à accepter peu
à peu
l’idée d’espaces ayant plus de trois
dimensions une idée qui a trouvé une
application tout à fait inattendue dans la
théorie de la
relativité restreinte
dans sa formulation par Minkowski.
- Les
géométries nouvelles ont influencé
l’art moderne dans
manière importante.
Durant
ce colloque, nous nous proposons de décliner certains de ces
thèmes : l’enseignement de la
géométrie, la géométrie en
Italie et en
Allemagne, la géométrie des nombres, histoire de
la perspective, la
réception en France, Allemagne et Angleterre des
géométries
non-euclidiennes (perspectives savantes et profanes), la
géométrie et les
nombres (la question de la continuité, la théorie
des « würfe
»),
les groupes de transformations, la cristallographie, la
géométrie à
Göttingen, l’émergence du formalisme
vectoriel. En particulier, nous nous
intéresserons particulièrement aux arguments
utilisés par les
mathématiciens pour justifier les nouvelles
méthodes et les nouveaux
points de vue ; nous étudierons aussi comment (et dans
quelle mesure) ces
justifications modèlent les diverses
géométries.
Ce
colloque s’inscrit dans le cadre du projet PICS
« Systèmes de la
connaissance et pratiques scientifiques en Allemagne, France et Italie
à
partir de 1850 » entre les équipes LPHS
Archives Poincaré (UMR
7117) et CEPERC (UMR 6059).