La notion d'icône tient une place particulière dans la pensée de Charles
Sanders Peirce. Correspondant à un mode d'être de la pensée (toute pensée
étant de nature sémiotique pour Peirce), elle permet à Peirce de fonder sa
théorie du signe sur une base phénoménologique. Non pas que tout signe soit
une icône, mais, les caractères de l'icône étant la généralité et une forme
d'indépendance ou d'autonomie sémiotique, il est nécessaire de fonder l'étude
des différents types de signes sur une observation de la manière dont ces
signes remplissent leur fonction en eux-mêmes et de manière générale. On
replacera par conséquent la notion d'icône dans le cadre de la sémiotique de
Peirce, et notamment de la fameuse triade icône-index-symbole. On étudiera
alors la phénoménologie ou phanéroscopie décrite par Peirce, son rôle de
science "pré-logique", en mettant en évidence le rôle qu'y tient l'iconicité de
la saisie des pensées.
On tentera dans un deuxième temps de défendre la suggestion faite par Kuno
Lorenz selon laquelle les jeux de langage chez Wittgenstein fonctionneraient
comme des icônes au sens de Peirce. On expliquera en quoi les jeux de
langage ainsi compris permettent à Wittgenstein de sortir de l'aporie du
Tractatus, autrement dit de donner une signification positive et méthodique
au "sich zeigen" du Tractatus. On soutiendra qu'à partir de ce point, une
reconstruction pragmatique et sémiotique de la démarche de Wittgenstein est
possible. On opposera ce faisant les visées (dans une certaine mesure)
fondationnelle et catégorielle de Peirce à l'objectif de description et
d'élucidation poursuivi par Wittgenstein.