
Histoire des Institutions Scientifiques Lorraines (HISLor)
Ex projet "Pôle Scientifique Nancéien"
Le projet HISLor fait suite au projet PSN. Il s'inscrit dans le cadre du projet de recherche de la Maison des Sciences de l'Homme de l'Université Nancy 2 (axe 4 : mémoire, culture et science). On trouvera sur cette page une présentation générale du projet.
Présentation du projet / Objectifs et méthodologie / Chercheurs associés au projet / Axes de recherche
Présentation du projet
La France fut un des premiers pays à se doter d'institutions scientifiques nationales : le Collège de France fut créé au 16è siècle, sous le règne de François 1er, l'Académie des sciences et l'Observatoire de Paris au 17è siècle, sous le règne de Louis XIV. Cependant, le chemin pour arriver à la création d'institutions nationales pour la science fut relativement long. L'Institut Pasteur ouvrit le mouvement dès 1888 mais le Centre National de la Recherche Scientifique ne fut créé qu'en 1939, après une gestation de près de quarante ans.
Pendant très longtemps ‑ au moins jusqu'à la fin du 18è siècle ‑ la science fut surtout une affaire d'amateurs éclairés disposant de suffisamment de temps et d'argent pour poursuivre leurs recherches ; l'étude de la nature ne demandait pas de moyens énormes et ne justifiait pas d'intervention financière massive de l'État. Elle ne nécessitait pas non plus d'organisation spécifique. La situation commença à évoluer au cours du 19è siècle, avec l'apparition progressive de nouveaux modes d'organisation de la science : création d'académies, de sociétés savantes, d'associations professionnelles ; instauration de réseaux de recherche ; internationalisation de la science ; circulation du savoir scientifique par le biais de revues ; organisation des premiers congrès scientifiques internationaux ; professionnalisation des savants. De plus, dans le contexte de la Révolution Industrielle, on vit peu à peu s'installer l'idée d'une science utilitaire, tournée non plus seulement vers la connaissance théorique mais également vers l'action et ouverte sur les applications.
En France, le rôle joué par l'université dans ce processus fut relativement tardif. Alors que dans la plupart des grandes nations scientifiques – Grande-Bretagne, Allemagne, États-Unis – le couple université-laboratoire se construisit comme une réalité incontournable, l'université française suivit une voie toute différente. La reconstruction napoléonienne de l'université en 1808 ne se fit pas dans la perspective d'une organisation de la recherche mais avec la finalité de collationner les grades et de constituer des jurys d'examen pour le baccalauréat. De fait, la recherche scientifique s'implanta d'abord au sein des grandes écoles créées au moment de la Révolution Française (École Polytechnique, École Normale Supérieure). Considérée pendant de nombreuses décennies comme un prolongement du lycée, constituée autour de facultés éclatées, l'université ne commença à jouer un rôle du point de vue de la recherche qu'à partir des grandes réformes universitaires de la Troisième République.
À l'issue de la défaite de 1870, la République, se construisit sur un socle de valeurs rationnelles et dans un contexte d'appréciation politique du rôle de la science et des savants. Partant du constat qu'une des causes de l'échec militaires résidait dans l'insuffisance de l'appareil scientifique et technologique national, la communauté scientifique se sentit investie d'un devoir de redressement national par la science. Par ailleurs, dans la sphère politique, de vastes efforts furent entrepris pour réformer l'enseignement (du primaire au supérieur), augmenter le nombre de bourses d'études, dynamiser la recherche scientifique et, au final, poser les prémisses d'une organisation politique de la science.
Un des apports majeurs des réformes universitaires du début de la Troisième République fut la construction d'universités réparties sur le territoire national, à l'instar de ce qui existait dans les autres pays d'Europe. Rompant avec une tradition universitaire fortement centralisatrice, les réformateurs de l'enseignement supérieur, notamment Louis Liard, proposèrent de revitaliser l'université par la spécialisation des études et la création de facultés décentralisées en province et regroupées en universités. On vit ainsi apparaître ou se développer plusieurs pôles scientifiques dans des villes d'importance moyenne comme Grenoble, Toulouse ou Nancy.
Nancy fait aujourd'hui partie des principaux pôles scientifiques de province. Les institutions qui le constituent (universités, centres de recherche, écoles d'ingénieurs) couvrent un large spectre disciplinaire et contribuent à lui donner une identité spécifique, tant du point de vue de l'enseignement que de recherche. Cette identité se construisit largement grâce aux réformes universitaires de la Troisième République : créations de facultés des sciences, fondation d'instituts techniques rattachés à ces facultés et, surtout, développement d'enseignements en sciences appliquées et création de formation d'ingénieurs destinées à alimenter le tissu industriel régional.
Nancy ouvrit d'ailleurs la voie, dès les années 1880 avec la création de l'institut chimique (1887). Par la suite, la ville fit figure de modèle avec la création d'une série d'instituts aptes à délivrer des diplômes d'ingénieurs (successivement une école de brasserie, un institut électrotechnique puis de mécanique, un institut agricole et colonial, une école de laiterie, un institut de géologie, un institut commercial et même un enseignement pratique d'aéronautique à la veille de la Première Guerre mondiale). D'autres facultés dans d'autres villes s'engagèrent dans ce mouvement de développement de l'enseignement des sciences appliquées, mais toutes ne choisirent pas les mêmes disciplines et surtout toutes les créations ne connurent pas le même destin. À la veille de la Première Guerre mondiale, Nancy, Grenoble et Toulouse formaient près de 80 % de tous les diplômés de sciences appliquées en France.
La création de ces pôles scientifiques de province confirme le triomphe d'une conception utilitaire et techno-industrielle de la science avant la Première Guerre mondiale. Elle constitue également la marque du succès d'une définition de l'ingénieur comme ingénieur industriel et de la place grandissante des partenariats industriels dans les pratiques de recherche. Les réformes universitaires de la Troisième République, et notamment la vaste réforme de 1896, ne débouchèrent pas sur la création de véritables universités en province. Certes, le développement de recherches et d'enseignements en sciences appliquées vinrent progressivement remettre en question le rôle traditionnellement dévolu à l'université de collationnement des grades ; cependant, cette volonté réformatrice n'eut pas pour effet d'installer en France l'idée d'université chère à Wilhelm von Humbold (fondateur en 1810 de l'Université de Berlin), les disciplines et les chaires demeurant nettement séparées les unes des autres. L'esprit de ces réformes était en réalité de piloter au niveau national une politique de rationalisation des moyens universitaires en s'appuyant sur ce qui existait déjà, tout en laissant des marges d'autonomie locale conséquentes : plutôt que de créer des centres de province de toutes pièces, on se focalisa surtout sur les villes où il existait déjà des infrastructures ou des institutions scientifiques sous le Second Empire. L'État n'étant pas en mesure de financer totalement cette politique de décentralisation, il accorda ainsi une certaine liberté financière aux pôles scientifiques de province pour leur développement.
Présentation du projet / Objectifs et méthodologie /
Chercheurs associés au projet / Axes de recherche
Objectifs et méthodologie
L'évolution des pôles universitaires de province montre combien les organisations scientifiques, que ce soit au moment de leur création ou au cours de leur évolution, sont liées aux contextes locaux et aux politiques locales. Avec le recul, on peut considérer que, quel que soit leur mode d'implication, les différents partenaires locaux (qu'il s'agisse des collectivités territoriales ou de l'industrie) ont investi dans des institutions scientifiques et pesé dans le choix de leurs spécialités. Dans le cas de l'exemple nancéien, on peut constater que ce sont les écoles issues des "vieux instituts" qui, aujourd'hui encore, servent de socle à la politique de développement de l'enseignement technique supérieur. Si on considère par ailleurs qu'au niveau local, comme au niveau national, le développement scientifique lui-même comporte un certain nombre de logiques internes qui tendent à renforcer les points les plus forts, il apparaît que la création des instituts a eu des effets à long terme pour l'ensemble du système scientifique nancéien en particulier en favorisant, à différentes époques, l'apparition de nouvelles disciplines (l'électrotechnique au début du siècle, et plus tard, l'informatique et le génie chimique).
Le mouvement de réforme universitaire de la Troisième République est relativement bien connu. L'histoire de la naissance du pilotage national de la science a largement été documentée ces dernières années, notamment à travers différents travaux sur l'histoire du CNRS. De plus, l'émergence de la province du point de vue de l'enseignement et de la recherche scientifique a fait l'objet d'un certain nombre de travaux dans les années 1980, mais le plus souvent centrés sur les relations Paris / Province.
Au final, très peu de travaux ont porté leur attention sur les logiques historiques locales qui présidèrent à l'émergence et au développement de pôles scientifiques spécifiques en province. Le projet de recherche Histoire des institutions scientifiques lorraines (HISLor) vise à apporter une contribution originale sur ce dernier point. Il s'agit d'un projet de recherche dirigé par le Laboratoire de Philosophie et d'Histoires des Sciences de l'Université Nancy 2 (LPHS - Archives Henri Poincaré) et réunissant des chercheurs de plusieurs laboratoires nancéiens dans une perspective interdisciplinaire.
Il vise à montrer, par le détour historique, ce que gardent les institutions de leurs moments de fondation et la manière dont ces traces déterminent les enjeux du présent. Par l'étude de la genèse des différentes configurations qui font l'intérêt du cas nancéien et leurs prolongements dans la période actuelle, l'objectif de ce programme de recherche est de produire des travaux de première main qui permettront à la fois d'affiner les connaissances sur le milieu scientifique nancéien et d'apporter de nouveaux éclairages sur les débats contemporains.
D'un point de vue méthodologique, les chercheurs associés au projet entendent d'abord se baser sur l'exploitation des archives des institutions étudiées ; les documents secondaires (monographies des établissements, discours de célébration, etc.) sont pris en compte mais dans une perspective critique qui s'appuie sur les méthodes de la micro-histoire (recherche d'archives privées et entretiens avec des acteurs du pôle scientifique nancéien) et sur la confrontation avec d'autres fonds archivistiques (Archives Nationales, Archives Contemporaines de Fontainebleau, Archives d'Outre-Mer, etc.).
Les thématiques de recherche prises en charge par les chercheurs impliqués dans ce projet sont diverses et s'appuient sur des collaborations pluridisciplinaires : histoire des laboratoires de recherche, histoire des formations scientifiques, monographies d'établissements, sociologie des organisations, sciences de l'éducation, prosopographie des enseignants de la Faculté des Sciences et des écoles d'ingénieurs de Nancy, étude des collections scientifiques, analyse des rapports entre classes préparatoires et écoles d'ingénieurs, exploration des archives des facultés de lettres et de droit de Nancy, étude de l'émergence de pôle scientifiques récents (Université de Metz, École Nationale d'Ingénieurs de Metz, École Supérieure des Sciences et Technologies de l'Ingénieur de Nancy, etc.).
Ce projet vise d'abord et avant tout à élaborer une analyse des conditions sociales et matérielles de production des savoirs scientifiques. Il entend également explorer la question des articulations entre les frontières disciplinaires, en n'excluant pas le champ des sciences humaines. Il s'inscrit par ailleurs dans une logique de sensibilisation à la sauvegarde du patrimoine universitaire.
Ce projet de recherche vise à prolonger le projet de recherche Genèse et Développement du Pôle Scientifique Nancéien (PSN) qui a existé entre 2001 et 2006 et qui a débouché, en avril 2006, à la remise d'un rapport de recherche portant sur l'histoire des écoles d'ingénieurs et de la Faculté des Sciences de Nancy. Les thèmes de recherche abordés dans ce précédent projet étaient les suivants :
La Faculté des sciences à Nancy ou à Metz ? (1808-1857) ;
L'université dans la ville : architecture et organisation spatiale du patrimoine universitaire nancéien (1770-1930) ;
La Faculté des Sciences de Nancy (1854-1907) ;
Les étudiants de la Faculté des Sciences de Nancy au 19è siècle : présentation commentée de documents d'archives ;
L'ENSIC et ses partenaires industriels : le prisme de la Fondation scientifique des Industries chimiques (1920-1960) ;
L'École de Géologie de Nancy (1908-1960) De l'institut de géologie appliquée à la création d'un centre moderne des sciences de la terre ;
Entre science et industrie, le rôle de la géologie et l'action des ingénieurs géologues prospecteurs coloniaux au Maghreb ;
Genèse et déploiement d'une réforme pédagogique, l'École des Mines de Nancy (1957-1966) ;
Les réformes de l'enseignement des mathématiques au début du 20è siècle
Les archives de la Faculté des Sciences de Nancy.
Afin de prolonger les recherches menées depuis 2001, le projet HISLor entend d'abord poursuivre son entreprise d'élaboration de monographies d'établissements. Ayant acquis une expérience certaine de ce type de recherche, les chercheurs associés à l'équipe envisagent d'établir des collaborations plus étroites avec les institutions étudiées de manière à pouvoir aborder, avec des spécialistes en activité ou en retraite, les contenus scientifiques, qu'il s'agisse de l'enseignement (évolution des enseignements) ou de la recherche (apparition de nouvelles disciplines).
Si on part de l'hypothèse confirmée par nos travaux selon laquelle, dans un système réputé centralisé, des marges d'autonomie ont toujours subsisté permettant dans la plupart des domaines l'émergence de dynamiques locales, il semblerait intéressant d'entrer dans le cœur du système pour comprendre comment circulent, s'implantent et se développent (ou ne se développent pas) des disciplines et des axes de recherches nouveaux. C'est-à-dire, essayer de comprendre et de montrer comment se sont construits, bien avant que la notion soit même utilisée, des pôles d'excellence dont les particularités s'inscrivent dans une histoire beaucoup plus longue que ne l'imaginent les acteurs eux-mêmes. Ce qui reviendrait par exemple à montrer comment s'est opérée dans le temps l'articulation entre des logiques scientifiques et techniques locales et les tentatives de mise en œuvre d'une "politique de la science" au niveau national, en particulier au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale.
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Chercheurs associés au projet / Axes de recherche
Chercheurs associés au projet HISLor
Le projet HISLor repose sur des collaborations interdisciplinaires entre une quinzaine d'enseignants et d'enseignants-chercheurs appartenant à différents laboratoires des trois universités nancéiennes.
Bernard Andrieu (STAPS-UHP) / Archives Poincaré (équipe ACCORPS)
Yamina Bettahar (INPL) / Archives Poincaré
Françoise Birck (Nancy 2) / GREE
Etienne Bolmont / Archives Poincaré
Florence Bouchet (CCDSHS-Nancy 2)
Patricia Champy-Remoussenard (Nancy 2) / LISEC
Marie-Jeanne Choffel-Mailfert (CUCES-UHP) / Archives Poincaré
Jean-René Cussenot (UHP) / Laboratoire de Physique des Milieux Ionisés et Applications
Marc Dalaut (INPL)
Pierre-Antoine Gérard (UHP-Muséum Aquarium de Nancy) / Archives Poincaré
Valentine Gauchotte (Lycée Jeanne d'Arc) / INRP
André Grelon (EHESS) / LASMAS
François Lormant (Nancy 2) / Centre Lorrain d'Histoire du Droit
Christian Molaro (STAPS-UHP) / Archives Poincaré (équipe ACCORPS)
Philippe Nabonnand (Nancy 2) / Archives Poincaré
Laurent Rollet (INPL) / Archives Poincaré
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Chercheurs associés au projet / Axes de recherche
Axes de recherche du projet HISLor
Quatre axes de recherche seront explorés dans le cadre du projet HISLor.
Dernière mise à jour L. Rollet : mardi 25 avril 2006