1940 - 1950

La vie de Jean Renoir

la période américaine

Un contrat avec la 20th Century Fox

La première préoccupation de Jean Renoir, à son arrivée en Amérique, est de parvenir à obtenir un visa pour son fils Alain, âgé de vingt ans. Il mettra plus d'un an à résoudre problème et, dès qu'il y parviendra, Alain profitera de son passage à New York pour s'engager dans l'Armée américaine. Il fera la guerre en qualité d'artilleur. La seconde préoccupation, d'ordre privé, de Renoir fut d'entamer, enfin, les procédures de divorce afin de pouvoir épouser Dido Freire.

Renoir ne reste que peu de temps à New York. Quelques jours après le débarquement, il prend le chemin de la Californie. Il trouve un logement à Los Angeles, sur Sunset Boulevard. Il le partage avec Saint-Exupéry qui y rédige Vol de nuit, que Renoir a secrètement envie de porter à l'écran.

Le 13 janvier 1941, il signe un contrat d'un an à la 20th Century Fox. Il a quelques projets, mais Darryl F. Zanuck, « un producteur qui va jusqu'à choisir les cravates de ses interprètes », aimerait lui imposer un sujet français, ou à la limite européen. Renoir, au contraire, tient à un sujet « américain ». Les gazettes annoncent plusieurs projets, tantôt « européens », tantôt ... « américains ». Puis Zanuck et Renoir tombent d'accord sur un scénario de Dudley Nichols.

Le 5 juin, ils sont dans les marais d'Okefenokee, en Georgie, pour les repérages de Swamp Water dont Henry Fonda et Linda Darnell seront les vedettes. Le reste de la distribution est tout ce qu'il y a de « fordienne », comme on l'écrirait aux Cahiers du cinéma. Lorsque le tournage débute, le 16 juillet, deux acteurs inconnus ont remplacé les têtes d'affiche: Dana Andrews et Ann Baxter. Le tournage s'éternise, au grand dam de Zanuck qui adresse des mémos comminatoires au réalisateur. Renoir lui répond: "Merci de me laisser travailler à la 15th Century Fox !" (Lettres d'amériques, 1984). Cette réponse téméraire au nabab de la Fox lui vaut l'estime des techniciens.

Le film sort le 16 novembre 1941. Si l'accueil du public est mitigé, cela est sans doute dû, une fois encore, à l'absence de têtes d'affiche. La critique new-yorkaise lui décerne pourtant une récompense.